Mountains & Parks

Aoste

  • 15 novembre 2019 - 19 avril 2020
Horaires et tarifs

Coordonnée par la structure « Expositions » de l’Assessorat régional et conçue par Alberto Fiz, c’est le long d’un parcours couvrant une période de près de vingt ans que cette exposition présente plus de 50 travaux, dont une série de grandes photos inédites des montagnes de la Vallée d’Aoste, du Cervin et du Mont-Blanc notamment, réalisées expressément pour l’occasion. En outre, c’est également la première fois que les sculptures de l’artiste sont présentées au public : en effet, trois œuvres plastiques monumentales occupent l’espace situé au cœur du Centre Saint-Bénin.
Les travaux proposés ici retracent les étapes de la recherche menée par Barbieri entre 2002 et 2019, tout en soulignant l’attention du photographe pour les thèmes liés au paysage et à l’environnement. Le public pourra aussi découvrir un cycle d’images consacrées à l’histoire de l’art, tant ancien que moderne, et assister à la projection d’une vidéo datant de 2005, réalisée en Chine.

« Le Centre Saint-Bénin d’Aoste – commente l’Assesseur Laurent Viérin – présente une grande exposition d’art contemporain qui dialogue avec le territoire et propose une réflexion sur des thèmes d’actualité, comme l’environnement. Les clichés de la Vallée d’Aoste réalisés par Olivo Barbieri se révèlent particulièrement intéressants, insérés dans ce contexte international ».

Mountains and Parks, le projet conçu pour le Centre Saint-Bénin, présente donc l’étude de Barbieri sur les parcs naturels, qu’il s’agisse des Alpes (en 2012, notre région avait déjà été l’objet d’une enquête), des Dolomites, d’une Capri vue à travers les couleurs du souvenir ou, encore, des chutes d’eau les plus belles du monde qui, comme l’affirme l’artiste, « survivent intactes pour le plus grand bonheur des touristes ou bien deviennent des sites muséaux où découvrir comment pourrait se présenter une nature intacte ».
Cette initiative, spectaculaire et complexe à la fois, soulève des questions fondamentales, comme le besoin de retrouver un équilibre naturel en accord avec le tourisme de masse, qui consomme et « use » ces lieux magnifiques, tout en garantissant leur survie.

Les images vues du ciel d’Olivo Barbieri, réalisées avec la technique de la mise au point sélective qui ne met en évidence que certains éléments et laisse le reste de la scène dans le flou, ont inauguré une nouvelle façon de percevoir le paysage : grâce à l’introduction volontaire de certaines erreurs photographiques, ce dernier se révèle à nous de façon insolite, plus semblable à une maquette (même sans peinture numérique) qu’à un milieu réel. Bien que rien de ce qui nous est présenté semble contrefait, l’enquête de Barbieri met en lumière l’ambiguïté de la représentation : ses clichés ne naissent pas de la volonté d’obtenir des effets spéciaux (Barbieri n’effectue aucune post-production), mais de la curiosité de vérifier le comportement du média photographique dans des conditions inappropriées.

Après les parcs, les glaciers et l’eau, le regard de Barbieri se pose sur les Landfills, les quatre grandes décharges habitées par des milliers de personnes et d’animaux dans le Sud-Est asiatique, en Thaïlande, en Indonésie et en Malaisie : ce sont-là des parcs à thème en négatif, la mauvaise conscience de l’Occident qui joue avec l’équilibre de la planète.
Le paysage s’étend également jusqu’à l’histoire de l’art, où la mise au point sélective modifie la perception d’œuvres métabolisées de nos jours de façon ironique et massacrante. Dans « Le Printemps ou le Paradis terrestre » de Nicolas Poussin, il semble que le Créateur s’éloigne, allongé sur un drone, alors que le mythe de Mark Rothko est lié au symbole du fast-food américain, le hamburger. Certains grands maîtres du passé participent aussi à ce dialogue, comme, par exemple, Paolo Uccello, le Caravage et Canaletto, qui d’ailleurs, avec l’utilisation de la chambre optique, semble anticiper les résultats de la photographie contemporaine.

C’est ici la première fois que sont présentées au public trois grands sculptures en bois de Barbieri réalisées pour l’occasion : elles font référence à la cartographie symbolique des Hobos, les vagabonds américains, et des Roms. Il en ressort une « géographie errante », un paysage secret accessible uniquement aux membres de ces tribus.
L’exposition Olivo Barbieri. Mountains and Parks comprend également la projection d’une vidéo de 2005 Seascape#Night, China Shenzhen 05, qui s’inscrit dans le cadre d’un projet artistique encore inachevé. Ici, tout part de Shenzhen, en Chine, l’une des plus importantes zones économiques proches de Hong Kong, où toute une génération de Chinois est sur le point de s’accorder, pour la première fois en cinquante ans, un divertissement de masse : un bain de mer au clair de lune.

Le catalogue bilingue de l’exposition (italien-français), qui présente toutes les œuvres exposées, est publié chez Magonza. En plus des essais d’Alberto Fiz et de Daria Jorioz, il propose une intervention de Paolo Cognetti et un texte sur l’esthétique de la montagne signé par l’alpiniste Giovanni Battista Rossi.

Olivo Barbieri naît à Carpi (Modène) en 1954. Il suit des études de pédagogie à l’université de Bologne et, à partir de 1971, il cultive sa passion pour le langage photographique. Il réalise Flippers (1977–1978), une série consacrée à la découverte d’un dépôt de flippers abandonnés. Dans les années 1980, il commence une autre série sur l’éclairage artificiel des villes européennes et orientales. À partir de 1989, il parcourt l’Orient, surtout la Chine, et mène une recherche – toujours en cours – sur les grands changements contemporains et leur représentation. Dans les années 1990, il adopte une technique photographique particulière pour ne mettre au point que certaines parties de l’image et, en 2003, il commence son projet Site specific, qu’il poursuit aujourd’hui encore et qui est consacré à quelque quarante villes du monde. Les séries Site specific (2003–2013), Parks (2006–2015), Real Words (2008–2013), Images (1978–2007), Virtual Truths (1996–2002) et Artificial Illuminations (1980–2014) ont comme dénominateur commun une réflexion sur la part de réalité dans notre mode de vie et sur la capacité de notre perception à la saisir. En 2015, Barbieri enrichit la série Parks et réalise Adriatic (staged) Dancing people. En 2017, il consacre un projet à la centrale solaire thermodynamique d’Ivanpah, située dans le désert de la Californie, qui est la plus grande du monde. Internationalement connu, Barbieri commence à exposer en 1978 à la Galleria Civica de Modène. Ses œuvres ont été présentées dans des institutions aussi prestigieuses que le Folkwang Museum d’Essen, le Museum of Contemporary Art de Cleveland, le Moma de San Francisco, le CCA de Montréal ou le Bund 18 de Shanghai. Ses expositions personnelles ont également été aménagées dans des salles publiques italiennes comme la Triennale de Milan, le Mart de Rovereto, le Madre di Napoli et le Maxxi de Rome. En outre, Olivo Barbieri a été invité cinq fois à la Biennale de Venise et ses œuvres enrichissent des collections publiques comme celle du Moma et de l’International Center of Photography de New York, de la Deutsche Bank, de l’UBS Art Collection et de la collection personnelle d’Elton John.

 
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